La mise en œuvre des programme de conservation ex situ

La meilleure sorte de matériel végétal à conserver dans les collections ex situ dépendra des espèces. Pour les espèces ayant des graines « orthodoxes » (capables d’être séchées et stockées à de basses températures durant de nombreuses années tout en restant viables), les banques de graines constituent une conservation directe de la plus grande valeur, au coût le plus bas. Pour les espèces ayant des graines « récalcitrantes » (pas en mesure d’être séchées ni stockées), la culture de tissus ou la cryoconservation peut fournir une conservation directe de grande valeur, mais à un coût plus élevé. Les collections de plantes vivantes peuvent constituer un mode de conservation direct ou indirecte de bonne valeur, en fonction de la façon dont elles sont collectées et entretenues.

Le type de collections ex situ conservé par différentes institutions dépendra aussi de facteurs tels que la mission de l’organisation, la présence d’installations appropriées, le contexte culturel et le climat, le temps et l’expertise d’un personnel dévoué, ainsi que du soutien financier. Une collaboration entre les institutions permettra une action de conservation ex situ plus efficace, mettant en commun les ressources, les installations appropriées, les formations et tout autre soutien nécessaire.

Les protocoles utilisés lors de l’acquisition de matériel végétal pour les collections ex situ déterminent l’utilisation et la valeur des collections pour la conservation. En général, les collections ex situ bien documentées, récoltées dans la nature, qui englobent autant de diversité génétique de l’espèce que possible, auront la plus grande valeur de conservation. De nombreuses organisations ont développé des protocoles pour guider la récolte de matériel végétal dans la nature afin d’obtenir des collections ex situ génétiquement diversifiées et appropriées pour une utilisation directe dans des projets de réintroduction. Ces protocoles se portent souvent sur les collections de graines ex situ, car c’est le moyen le plus efficace de récolter et stocker la diversité génétique hors-site sur le long terme, pour les espèces avec des graines orthodoxes.

Par exemple, le Réseau européen de conservation de graines de la flore indigène (European Native Seed Conservation Network, ENSCONET) a publié des manuels sur la récolte et la conservation des graines, qui sont disponibles dans un large éventail de langues (anglais, espagnol, français, grec, allemand, polonais, italien, portugais et hongrois), et qui peuvent être téléchargés ici. De la même façon, la Banque de semences du millénaire (MSB, Millenium Seed Bank,) a issu un certain nombre de publications techniques sur les banques de semences qui peuvent être téléchargées sur le site internet du MSB.

Les institutions ex situ, telles que les jardins botaniques, maintiennent souvent des collections de plantes vivantes représentées par un à plusieurs spécimens par espèce, et venant de sources d’origine sauvage ou non sauvage (cultivées ou inconnues). Alors que seules les collections génétiquement diversifiées et représentatives sont appropriées pour aider directement la conservation in situ (par exemple par la réintroduction), les collections vivantes représentées par seulement quelques individus, provenant d’origine connue, servent indirectement à d’importantes fins de conservation, principalement à travers la recherche, l’horticulture et l’éducation.

La récolte de matériel végétal pour les collections ex situ peut avoir une incidence sur les perspectives de survie de populations indigènes, si elle n’est pas effectuée correctement. La recherche a montré que récolter 10% des graines produites au sein d’une population sauvage une fois tous les dix ans, n’augmente pas de manière significative son risque d’extinction, même pour les espèces les plus sensibles. Cependant, récolter même un petit peu plus que cela peut diminuer sérieusement les perspectives de survie pour certaines espèces (en particulier celles qui ont déjà connu des déclins de populations). Cela signifie que les efforts de récolte ex situ doivent être effectués avec soin, pour s’assurer que les populations sauvages ne soient pas exposées à des risques supplémentaires. Ces résultats démontrent l’importance de développer de solides collections ex situ pour les espèces, avant que leurs populations ne déclinent.

Enfin, la conservation sur le long terme de matériel végétal viable et génétiquement diversifié, joue un rôle critique pour déterminer la valeur ultime de conservation d’une collection ex situ. Sans une bonne gestion de la part du conservateur, la valeur de conservation d’une collection, ou la collection elle-même, peut être complètement perdue. Les collections avec une application la plus directe pour la conservation sont généralement génétiquement diversifiée et représentatives de l’espèce, et doivent être gérées de manière à garantir un matériel génétiquement complet et disponible pour les activités de recherche et de conservation, sur le long terme. De nombreuses collections vivantes aujourd’hui ne répondent pas à ces normes à cause de problèmes de génétique, tels qu’une trop faible diversité génétique, une provenance inconnue, ou une perte de la diversité génétique à cause d’une dérive génétique ou d’une adaptation à la culture et une hybridation.

La gestion des collections ex situ devrait réduire au maximum les risques de perte lié à des événements aléatoires ou des désastres naturels (tels que des changements de personnel, le vol, le feu, les maladies ou autre perte catastrophique) en s’assurant que les collections sont conservées dans plus d’un seul lieu. De plus, la surveillance, par le conservateur, des collections vivantes au fil du temps est cruciale pour conserver les relations entre les données de collections (par exemple la provenance) et les spécimens. En utilisant des bases de données relationnelles et une technologie d’enregistrement des plantes, la tenue des données pour les collections ex situ peut assurer le maintien de liens importants entre les spécimens et les données de prélèvement, pour de plus grandes activités de conservation et de la recherche.

Afin de faciliter la coordination et le suivi de cet objectif, les organisations possédant des collections ex situ de plantes sauvages (à la fois des plantes vivantes et des banques de semences) sont invitées à partager leurs données par le biais de la base de données PlantSearch du BGCI. Cette base de données permet l’identification immédiate de plantes rares et menacées au sein des collections, facilite la recherche sur les collections, ainsi que la prise de décisions quant aux priorités de conservation grâce à l’identification de lacunes dans les collections.

CBD